Le référentiel de formation infirmièr.e (datant de 2009) arrive aujourd’hui à un tournant majeur. S’il reste fonctionnel, il ne reflète plus pleinement les réalités actuelles du métier, notamment celles vécues au sein des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) et des équipes d’exercice coordonné.
Depuis quinze ans, les pratiques ont profondément évolué :
- Montée en puissance de la coordination des parcours,
- Développement des soins de proximité,
- Prise en charge des maladies chroniques,
- Enjeux de santé mentale,
- Vieillissement de la population,
- Déploiement du numérique en santé,
- Emergence de la pratique avancée.
Autant de dimensions qui font aujourd’hui partie intégrante du quotidien des infirmiers et infirmières exerçant en MSP, en CPTS ou en structures pluriprofessionnelles.
Dans ces environnements, la coopération interprofessionnelle n’est plus une option : elle est au cœur du fonctionnement. Or, la formation actuelle prépare encore insuffisamment à cette réalité de travail en équipe, au partage des rôles et à la coordination autour du patient.
Ce que vise le nouveau référentiel
La réforme a pour ambition de mieux préparer les futurs professionnels aux pratiques de terrain, notamment en exercice coordonné. Elle vise à :
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Actualiser les contenus théoriques et cliniques,
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Renforcer l’autonomie décisionnelle,
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Mieux articuler la formation entre l’IFSI et les terrains de stage,
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Valoriser l’approche globale du patient et la relation soignant-soigné,
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Intégrer pleinement les enjeux de coordination et de parcours.
C’est aussi un levier pour redonner de l’attractivité au métier, en valorisant des missions qui font sens, notamment dans les structures de soins de proximité.
La publication du texte au Journal officiel est annoncée comme imminente, pour une mise en œuvre prévue à la rentrée 2026 (nouvelle promotion entrante).
Une formation pensée pour les réalités du terrain
Même si les textes ne sont pas encore consolidés, les grandes orientations sont claires :
- Un cursus maintenu sur 3 ans (180 ECTS),
- Un volume horaire renforcé (4 600 à 5 400 heures),
- 56 semaines de stage,
- Un volet de consolidation (38 ECTS) avec 10 semaines de stage ciblées selon le projet professionnel.
Ces stages pourront notamment favoriser la découverte de terrains comme les MSP, où les étudiants pourront expérimenter concrètement :
- Le travail en équipe pluriprofessionnelle,
- La coordination avec les autres acteurs du territoire,
- La place de l’infirmier dans les parcours complexes.
👉 C’est déjà ce que nous avons expérimenté à travers le programme Educ’Tour, mené en partenariat avec la MSA et l’IFSI de Millau.
Lors de cette journée d’immersion, des étudiants infirmiers ont pu découvrir concrètement le fonctionnement d’une MSP, échanger avec des professionnels de terrain et mieux comprendre les enjeux de l’exercice coordonné.
Une action qui illustre parfaitement l’intérêt de confronter tôt les étudiants aux réalités du travail en équipe et aux dynamiques territoriales de santé.
📹 Retrouvez le vlog de cette journée immersive ici :
https://youtube.com/shorts/DgFxTOGFWcQ?si=5Odd76ULSbhXRPXQ
Des compétences clés pour l’exercice coordonné
La réforme met en avant des compétences qui résonnent directement avec les besoins des MSP :
- Consultation infirmière,
- Prescription encadrée,
- Numérique en santé,
- Coordination des parcours.
L’objectif est clair : former des professionnels capables de prendre des initiatives cliniques et organisationnelles, dans un contexte où l’accès aux soins est sous tension. Des compétences indispensables pour faire vivre des projets de santé collectifs au sein des équipes.
Exemple concret : la certification du décès
Certaines évolutions sont déjà en cours, comme la possibilité pour les infirmiers de certifier un décès, sous conditions de formation.
Un arrêté encadre cette compétence avec :
- 12 heures obligatoires (médical + juridique),
- Une partie facultative complémentaire,
- Une évaluation.
Un exemple parlant de l’élargissement progressif du champ de compétences infirmier, qui renforce leur rôle dans l’organisation territoriale des soins.
Ce que cela changera pour les équipes en MSP
Même pour les professionnels déjà diplômés, cette réforme aura un impact concret :
- Arrivée de jeunes professionnels mieux formés au travail en équipe,
- Meilleure compréhension des logiques de coordination,
- Appropriation plus rapide des projets de santé,
- Montée en compétences collectives au sein des structures.
Un vrai levier pour renforcer la dynamique pluriprofessionnelle.
Points de vigilance
Des alertes demeurent autour de la charge de travail étudiante, de la disponibilité des terrains de stage, de la capacité d’encadrement ainsi que des moyens pédagogiques.
L’universitarisation est une opportunité, mais elle ne pourra réussir sans un pilotage clair et des ressources adaptées. Les MSP ont ici un rôle à jouer en tant que terrains de stage attractifs et structurants.
En résumé
Cette réforme du référentiel infirmier marque un tournant majeur. Elle vise à mieux préparer les futurs professionnels aux réalités de l’exercice coordonné, à la coopération interprofessionnelle et aux enjeux de santé de proximité.
Pour les MSP et les équipes pluriprofessionnelles, c’est une opportunité :
➡ accueillir des professionnels mieux formés au travail collectif,
➡ renforcer les projets de santé territoriaux,
➡ consolider la qualité des parcours de soins.








